Les mots soignent les maux

Publié le 19 Juillet 2017

En Lecture de base, nous commençons par l'amour de la poésie . Quand nous grandissons, cependant, cet amour peut s'effacer. Le langage devient pratique plutôt que fantastique, et nous pouvons commencer à penser aux mots, pas comme des sons amusants que nous disons, mais plutôt comme des outils que nous pouvons utiliser. Bien qu'il soit vrai, ce côté pratique de la langue a un grand pouvoir, il a également ses limites. La lecture et l'écriture de la poésie nous permettent d'explorer ce qui se situe au-delà de ces limites, de nous rappeler que le langage n'est pas seulement quelque chose que nous apprenons; C'est quelque chose a laquelle nous participons activement .

Les mots guérissent, les mots plongent l'être dans l'imaginaire, les mots ont du pouvoir. Je partage avec mes lecteurs quelques poèmes des quelques Auteures féminines en herbe.

 

Christine de Pizan est considérée comme la première femme écrivain de langue française ayant vécu de sa plume. Née vers 1364, Elle perd son époux à l'âge de 14 ans et depuis, elle soigne ses maux par les mots. Son érudition la distingue des écrivains de son époque, hommes ou femmes. Veuve et démunie, elle dut gagner sa vie en écrivant.

Je ne sais comment je dure 


Je ne sais comment je dure,
Car mon dolent(1) cœur fond d'ire (2)
Et plaindre n'ose, ni dire
Ma doleureuse (3) aventure,

Ma dolente vie obscure(4).
Rien, hors la mort ne désire;
Je ne sais comment je dure.

Et me faut, par couverture (5)
Chanter que (6) mon cœur soupire
Et faire semblant de rire;
Mais Dieu sait ce que j'endure.
Je ne sais comment je dure.

 

(1) Souffrant

(2) Chagrin

(3) Doloureuse (Du latin, douleur)

(4) Sombre, Triste

(5) Par dissimulation

(6) Pour ce que

------------------------------------------------

Maya Angelou. Elle naît en 1928 à Saint-Louis dans le Missouri et encore bébé part avec ses parents et son frère aîné en Californie. Mais comme de nombreuses familles noires ayant émigré au nord ou à l'ouest, les parents font face à la pauvreté et ne peuvent subvenir aux besoins de leurs enfants. Ils sont envoyés chez leur grand-mère paternelle à Stamps dans l'arkansas, un état du Sud où sévit la ségrégation. Figure importante du  mouvement américain pour les droits civiques,  elle est devenue une figure emblématique de la vie artistique et politique aux Etats unis où ses livres sont au programme des écoles.

 

POURTANT JE M’ÉLÈVE

 
Vous pouvez me rabaisser pour l’histoire
Avec vos mensonges amers et tordus,
Vous pouvez me traîner dans la boue
Mais comme la poussière, je m’élève pourtant,

Mon insolence vous met-elle en colère?
Pourquoi vous drapez-vous de tristesse
De me voir marcher comme si j’avais des puits
De pétrole pompant dans ma salle à manger?

Comme de simples lunes et de simples soleils,
Avec la certitude des marées
Comme de simples espoirs jaillissants,
Je m’élève pourtant.

Voulez-vous me voir brisée?
La tête et les yeux baissés?
Les épaules tombantes comme des larmes.
Affaiblie par mes pleurs émouvants.

Es-ce mon dédain qui vous blesse?
Ne prenez-vous pas affreusement mal
De me voir rire comme si j’avais des mines
d’or creusant dans mon potager?

Vous pouvez m’abattre de vos paroles,
Me découper avec vos yeux,
Me tuer de toute votre haine,
Mais comme l’air, je m’élève pourtant.

Ma sensualité vous met-elle en colère?
Cela vous surprend-il vraiment
De me voir danser comme si j’avais des
Diamants, à la jointure de mes cuisses?

Hors des cabanes honteuses de l’histoire
Je m’élève
Surgissant d’un passé enraciné de douleur
Je m’élève
Je suis un océan noir, bondissant et large,
Jaillissant et gonflant je tiens dans la marée.
En laissant derrière moi des nuits de terreur et de peur
Je m’élève
Vers une aube merveilleusement claire
Je m’élève
Emportant les présents que mes ancêtres m’ont donnés,
Je suis le rêve et l’espérance de l’esclave.
Je m’élève
Je m’élève
Je m’élève

--------------------------------------------

Clémentine Madiya Faïk-Nzuji est Congolaise. Elle est née à Tshofa le 21 janvier 1944. Docteur d'Etat ès Lettres et Sciences Humaines (Etudes Africaines à l'Université de Paris III), elle a enseigné les littératures orales et la stylistique africaines, d'abord à l'Université Nationale du Zaïre de 1972 à 1978, ensuite à l'Université de Niamey de 1978 à 1980. Depuis 1981, elle enseigne la linguistique, les littératures orales et les cultures africaines à l'Université Catholique de Louvain, en Belgique.

Kasala

Je suis une fille à la peau noire 
                              fine et luisante
Je suis une négresse au grand cœur
                             Cœur d'eau fraîche 
                             Cœur d'hirondelle en vol 
                             Cœur souffrant et pleurant 
                             Cœur timide d'un oiselet malade.

-------------------------------------------------------------------

Née à Girard dans le Kouilou au Congo, Marie–Léontine Tsbibinda, titulaire d’une maîtrise d’anglais, ancienne bibliothécaire au Centre culturel américain de Brazzaville, ancienne comédienne dans la troupe Rocado Zulu de Sony Labou Tansi réside au Canada, après avoir quitté son pays natal en 1999. Nouvelliste (Prix Unesco-Aschberg en 1996 pour Les pagnes Mouillés), elle est l’auteur de cinq recueils de poèmes.

 

Mayombe, ma tombe

« Mayombe, ma tombe Mvoungouti ah !

Comment crier comment cracher Cette brûlure

Cette déchirure ?

Une nuit un instant

Et se fige la lumière

Combien pleurent encore ces morts Ferraille contre terre

Ferraille contre chair

Ferraille dans la chair

Mayombe, ma terre »

--------------------------------------------

Rédigé par Prescillia Laurelle

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :