Les soldats coloniaux de la grande guerre

Publié le 10 Juillet 2017

Plus de 450 000 soldats africains ont été recrutés pour la guerre mondiale, mais la trace de leur mémoire n'est en aucun cas trouvée dans divers sites touristiques en hommage aux batailles historiques. Qui étaient-ils? Où se trouvent les tombes? Où sont les écrits sur les murs des ossuaires?

Au cours des années précédentes, de nombreux philosophes tels que Platon, Aristote, Kant, Nietzsche, Heidegger, dans les sociétés occidentales, considéraient les Noirs comme étant à moitié humains, descendants d'animaux, et d’ ADN bestial. Ces affirmations ont mis en doute les historiens sur l'importance des soldats Africains pendant la guerre mondiale et si ces êtres humains étaient utilisés comme des cobayes durant les confrontations de guerre.

Ces colonies peuvent se trouver à l'étranger ou dans des zones dominées par des puissances telles que la Chine ou la Russie. Les forces coloniales ont été utilisées par des puissances impériales, soit modernes (telles que la Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas, le Danemark, les États-Unis, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et le Portugal). Parfois, ils ont été recrutés sous les chefs locaux, comme auxiliaires, d'autres fois directement par des officiers de la puissance coloniale. Ils doivent à leur tour être considérés comme faisant partie des grands systèmes de projection de puissance, qui peuvent également contenir des chaînes de bases à l'étranger et des stations de ravitaillement, des navires, des avions, des systèmes d'alliance et de la solidité fiscale. Bien qu'ils soient bénéfiques pour l'Europe, plus tard, de nombreux pays africains sont encore sous le poids de l'impôt colonial et du mépris que génère l’immigration.

Les troupes coloniales étaient habituellement plus légèrement équipées que leurs homologues métropolitains (à qui la priorité était l'attribution d'une nouvelle arme). Cela provenait principalement des rôles d'infanterie ou de cavaleries majoritairement légers des forces coloniales, conçus pour une guerre coloniale de faible intensité contre des opposants mal armés dans un pays difficile. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, il était rare de trouver des unités d'artillerie ou mécanisées comprenant des troupes indigènes (bien que l'armée coloniale italienne ait maintenu un certain nombre de piles d'artillerie érythréenne, somalienne et libyenne, et il y avait des batteries de montagne recrutées localement dans l'armée indienne). Ce manque relatif d'armement et de formation mis à jour pose aux troupes coloniales un désavantage initiale face aux opposants modernes, comme les armées allemandes ou japonaises de la Seconde Guerre mondiale.

Plus tôt, les troupes africaines et indiennes envoyées en France en 1914 avaient rencontré un climat, un régime alimentaire et des conditions générales de service qui différaient considérablement de ceux avec lesquels ils étaient familiers. Les tirailleurs sénégalais de l'armée française devaient être retirés au sud de la France pour récupération et entraînement pendant les hivers rigoureux du front occidental. Toutes les troupes indiennes (à l'exception de certains régiments de cavalerie) ont été retirées du front occidental en octobre 1915 pour servir en Mésopotamie, en Palestine et en Afrique de l'Est.

D'autre part, les régiments de l'armée indienne étaient une armée à part entière avec des responsabilités dans l'Empire plus large. Ils étaient équipés en tant que tels (en l'absence de certaines capacités spécialisées) et pouvaient prendre les Turcs, les Allemands, les Italiens et plus tard les Japonais plus ou moins par eux-mêmes, bien que parfois accompagnés d'une présence britannique substantielle. Dans les premiers stades de la Première Guerre mondiale (novembre 1914), une force expéditionnaire britannique et indienne a subi une défaite majeure par des troupes coloniales allemandes bien formées et menées à la bataille de Tanga en Afrique de l'Est. Dans le même temps, cependant, deux divisions de l'infanterie indienne se sont battues avec distinction en France dans une sorte de guerre et de climat pour lequel elles avaient eu peu de préparation.

La sélection de tribus particulières à utiliser dans l'armée coloniale, conjuguée à la tendance des puissances coloniales à étiqueter des tribus à caractère spécifique, pourrait conduire à une intensification de la rivalité entre les groupes ethniques au sein des colonies. Cela se voit dans la théorie britannique des courses martiales et l'utilisation d'une politique consciente de division et de régulation dans plusieurs des empires coloniaux.

Les Africains exigent leur honneur. Les nombreux pères qui ont combattu pendant la guerre mondiale doivent être reconnus comme des êtres humains héroïques. Ou sont leurs noms et leurs mémoires ?

La première guerre mondiale, C'est un pan de l’histoire qui s'oublie. Des milliers de soldats  issus d'Afrique ont combattu en 14-18. Alphonse Mongo était l'un d'eux. Né au Congo Brazzaville en 1885 et mort en 1977. Il s’est engagé chez les tirailleurs en 1918 et a combattu en métropole pendant les derniers mois de la guerre.

 

Les Oubliés de la Grande Guerre :

1 70 0000 sont morts pour la France

 

Avant de devenir, entre autres, un soldat des colonies en action dans les tranchées hexagonales de 14-18, un tirailleur est, selon la terminologie militaire, un combattant en première ligne doté d'une certaine liberté de manœuvre.

 

En Afrique, un premier régiment de ces troupes légères a été créé en 1857 au Sénégal par l'empereur Napoléon III, d'où la naissance des tirailleurs sénégalais. Ce terme générique inclut tous les fantassins qui ont été recrutés en Afrique noire (Congo, Sénégal, Côte d'Ivoire, Mali, Niger, Burkina Faso...).

 

Environ 1 70 0000 d'entre eux ont été mobilisés durant la Première Guerre mondiale. Au total, l'empire colonial français a fourni 607 000 « indigènes » aux Alliés dont 450 000 sont venus combattre en Europe, en particulier lors des batailles de la Marne, de Verdun et de la Somme.

 

Le 4 août 1914, les troupes allemandes franchissent la frontière belge – ce qui constitue une violation grave de la neutralité belge. Vingt mille volontaires belges se présentent dans les centres de recrutement ; parmi eux, il y a 31 Congolais. Comment ces jeunes gens sont-ils arrivés en Belgique ? Retour en arrière.

En 1885, le Congo devient la propriété du roi Léopold II. Le pays fait quatre-vingts fois la superficie de la Belgique, mais il n’est pas développé. Le roi a besoin d’argent et d’hommes forts pour l’aider à bâtir sa colonie. Quelques centaines de Belges partent ainsi au Congo. Même si les migrants sont peu nombreux, les Congolais qui font le voyage inverse le sont encore moins : la traversée est trop chère.

 

 

Au tournant du siècle dernier, ceux qui arrivent en Belgique sont soit embarqués comme matelot à bord d’un navire de la Compagnie maritime Belge, soit employés comme boy – domestique – d’un colonial. C’est ainsi que Joseph Adipanga fait la traversée en compagnie de Jacques Collyns, alors inspecteur d’État en poste au Congo, ou qu’en 1913, le lieutenant Henri Orquevaux emmène avec lui en Belgique son boy, Honoré Fataki.

 

Le plus célèbre des 32 Congolais engagés dans la Première Guerre mondiale est sans nul doute Paul Panda Farnana, le boy de Jules Derscheid. En effet, une fois au pays, Jules confie Paul Panda aux bons soins de sa sœur, Louise Derscheid. Cette dernière lui apprendra le dessin et la musique et l’inscrira à l’athénée royal d’Ixelles, puis à l’école d’horticulture de Vilvorde. Farnana a de la chance : la plupart des boys finissent jetés à la rue, d’autres ont pris la fuite. À l’époque, il n’existe pas encore de communauté congolaise sur laquelle ils peuvent s’appuyer. Ces jeunes gens cherchent à rejoindre les villes. Jean-Baptiste Jessy et Antoine Manglunki trouvent à demeurer à Anvers, Joseph Lopiko habite Hasselt et Albert Kudjabo officie comme boy à Gand. Jean Jacob Ilanga est abandonné à son sort à Namur.

 

La plupart – en tout cas 19 sur les 32 – aboutissent à Bruxelles, généralement dans le quartier Saint-Géry, où ils peuvent plus facilement se fondre dans une foule qui se montre moins surprise de croiser un Noir en rue. Ils y ont une meilleure chance de survie et trouvent plus facilement un toit – parfois dans la même rue, parfois dans la même maison. Pour gagner de l’argent, ils cherchent et trouvent du travail. Certains se retrouvent à nouveau domestiques, d’autres ont appris un métier entre-temps. Lisasi, Bayon, Boïmbo et Soumbou gagnent leur vie comme vendeurs de « carabouyas ». Torse nu, revêtu d’une simple jupe de paille, ils arpentent les marchés bruxellois pour vendre leurs bonbons à l’anis. Tout le monde doit vivre. Blanc et noir. Les Congolais ont des amoureuses, se marient, ont des enfants. Ils déménagent souvent ; parfois, ils ont maille à partir avec la justice. En résumé, ils se fondent aussi bien que possible dans la société belge d’avant-guerre.

 

Certains volontaires congolais aboutissent directement dans les unités de combat, d’autres passent d’abord par un camp d’entraînement dans le nord de la France, d’autres encore sont enrôlés dans le corps nouvellement créé des volontaires. À part à Liège et à Haelen, les soldats congolais sont présents sur tous les grands théâtres belges d’opérations de la guerre de mouvement. Quatre défendent le siège de Namur : Paul Panda Farnana et Albert Kudjabo dans le corps des volontaires congolais, Léon de Cassa et le reste du 8e régiment de ligne réussissent à fuir en France. De longues journées de marche, sous un soleil de plomb. Ils ont faim mais ne trouvent pas de nourriture. Les troupes allemandes sont sur leurs talons. Au Havre, Léon embarque à bord d’un navire qui le ramène à Ostende, puis se joint aux troupes belges stationnées à Anvers.

En novembre 1914, sur les 32 Congolais engagés dans l’armée belge, il n’en reste que neuf dans le Westhoek. Les autres pansent leurs blessures à l’hôpital, subissent la discipline militaire des camps d’entraînement en France ou sont détenus dans des camps de prisonniers en Allemagne. Les longues années qui séparent la bataille de l’Yser de la victoire en 1918 sont décrites dans l’historiographie belge comme la « période de stabilisation » ou la « garde sacrée », dans la mesure où il s’est passé relativement peu de chose pendant toutes ces années.

Chaque homme noir qui s’est engagé dans la guerre en occident est en effet un soldat colonial qui a été déporté de sa patrie pour se battre et verser son sang pour une cause qui n’est pas la sienne. Cet acte de bravoure est beaucoup plus noble que celui d’un patriote. Aucun homme ne doit être favorisé par la couleur de sa peau ou de ses avantages sociaux. Chaque homme est né égal à un autre. Pourquoi autant de distinction ?

Hormis l’hommage de l’ancien Président  Jacques CHIRAC à Verdun en 2006 auprès des « Musulmans dans la guerre mondiale » et la naturalisation de 28 Africains durant le mandant de l’ancien Président François HOLLANDE,  L’hommage des tirailleurs coloniaux parait toujours flou et disséqué dans les endroits historiques de la grande guerre.  Le sang de ces nombreux soldats africains hurle encore jusqu'à la jeune génération noire de 2017 réparties dans plusieurs continents.

 

 

Prescillia Laurelle POATY,

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par Prescillia Laurelle

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